This is my body
Marguerite Wibaux
10/10/2026 - 31/12/2026
Alban Aubin Bordeaux

CECI EST MON CORPS
Ceci est mon corps est la première présentation personnelle en France de Marguerite Wibaux, après plusieurs années d’expositions à New York. L’exposition inaugure également la Galerie Alban Aubin à Bordeaux.
Depuis plusieurs années, Wibaux revient aux images qui ont façonné son imaginaire. Élevée dans la foi catholique, ses premières émotions artistiques sont nées dans les églises de Rome. Elle entretient avec l’iconographie chrétienne un rapport intime, mais aussi critique : plutôt que de déconstruire ces images de l’extérieur, elle choisit de les habiter et de les déplacer.
Car nous ne sommes jamais vierges devant une image. Nous héritons de figures et de récits qui organisent notre manière de regarder les corps. Pour les femmes, cet imaginaire oscille encore souvent entre pureté et désir, sainteté et faute, Madone et putain. Wibaux en reprend les codes pour les reconfigurer : dans son cycle de la Passion, une femme incarne le Christ et les mêmes modèles traversent les scènes, comme dans un récit dont les rôles auraient été redistribués. Le sacré y rencontre le désir, la peur, la sensualité, la vulnérabilité et la domination : autant de dimensions qui composent une expérience féminine plus contradictoire que les images auxquelles elle est souvent réduite.
Le titre vient de la Cène. « Ceci est mon corps » : les mots du Christ désignent le corps offert, à la veille du sacrifice. Mais ils prennent ici une autre dimension. Wibaux se met elle-même en scène dans certaines de ses œuvres. Elle entre dans les images qu’elle fabrique et y expose les paradoxes de sa propre psyché.
Cette recherche se déploie dans un langage plastique qui circule entre les échelles et les médiums. Les grandes compositions baroques, nourries de Caravage, rencontrent l’imaginaire photographique d’Helmut Newton et d’Oliviero Toscani. Pour les incarner, Wibaux fait poser des danseurs, des fêtards, des amis, des visages de la jeunesse d’aujourd’hui. Il en résulte un baroque erotico-disco, où des corps d’aujourd’hui prennent place dans des images vieilles de plusieurs siècles.
À côté des grands formats, les miniatures fonctionnent comme des confessions, des fragments ou des prières. Elles saisissent des instants plus ténus et obligent à s’approcher. Les sculptures font, elles, sortir le corps de l’image pour le placer dans l’espace.
Du monumental au minuscule, du sacré à l’irrévérence, du sérieux à l’humour, l’exposition revendique le plaisir de la peinture. La couleur, la lumière, la ligne et la matière y sont pleinement assumées, sans renoncer à ce qui se joue dessous. Les œuvres peuvent séduire avant de se laisser comprendre, et laisser apparaître, derrière une image familière, quelque chose de moins facilement nommable.
La messe ne s’arrête pas au regard : son ambition est l’incorporation, le moment où l’on fait soi-même corps avec ce qui vient d’être offert. Ceci est mon corps propose cette expérience à sa manière : entrer dans des images que l’on croyait connaître, les regarder autrement, et peut-être découvrir que quelque chose, entre-temps, a changé de place..






